
La transe, en tant que phénomène naturel, est largement répandue dans toutes les cultures traditionnelles. Les anthropologues la décrivent au sein d’un contexte large et inclusif, dans lequel l’idée d’induction recouvre un ensemble de phénomènes. L’anthropologue Arnold Ludwig énumère cinq types d’inductions, dont par exemple, la diminution des stimuli extérieurs et des mouvements corporels, telle qu’on le retrouve dans les tribus Lakota du nord des Etats-Unis. Une partie du rituel du passage à l’âge d’homme implique une période de jeûne et d’attente pour les jeunes de la tribu : pour la première fois complètement seul, un jeune homme attend, nu, quelquefois à l’intérieur d’un trou, l’apparition d’un animal-totem ou d’un esprit qui le guidera tout au long de sa vie. La transe peut aussi être induite par une augmentation des sensations externes et le mouvement actif, comme la danse. Une telle approche existe dans le Vaudou, où les médiums dansent jusqu’à être possédés par des esprits extérieurs.
Un autre moyen important pour induire la transe dans les cultures traditionnelles consiste en l’utilisation de drogues psychotropes, notamment dans la région amazonienne. Les indiens Amahuaca utilisent l’écorce d’Ayahuasca pour déclencher la transe et entrer en contact avec les esprits. La diminution ou l’augmentation de l’activité mentale semble le dénominateur commun de la véritable induction de l’état de transe. Ces différentes méthodes ont en commun différents objectifs : un changement des pensées, une modification de la conscience temporelle et corporelle, une distorsion de la réalité et des émotions. Ces changements sont les mêmes que ceux observés au cours de l’induction hypnotique classique.
Dans la majorité de ces peuplades, les rituels de transe occupent une place centrale dans la vie en communauté, et se retrouvent dans deux catégories principales. La première correspond à la transe de possession, dans laquelle un médium est investi par un esprit extérieur et perd complètement sa personnalité pendant une durée déterminée. Cette transe se déroule devant une audience et est ordinairement accompagnée d’une amnésie totale. La seconde catégorie de transe est caractérisée par une expérience pendant laquelle la personnalité et la mémoire du praticien sont conservées, et celui-ci l’utilise pour prendre contact avec une entité spirituelle (dieu, fantôme, démon…). Il est remarquable que les pratiques de transe soient si proches à travers le monde et si partagées par des cultures étant géographiquement isolées les unes des autres. Il semble qu’il y ait un modèle concernant la relation entre trois facteurs : la structure sociale, le genre de participants au rituel de transe, et le type d’expérience de transe. Dans les communautés de chasseurs prédateurs, seuls les hommes participent aux rituels et les participants conservent leur identité et le souvenir de la séance. Cette relation entre la structure sociale et la pratique de transe se confirme à travers les continents et les cultures, que ce soit chez les Bushmen du Kalahari, les peuples du bassin amazonien, les indiens Nord-Américains ou le sociétés de pêcheurs du Pacifique sud. Au contraire, les femmes sont usuellement les pratiquantes de la transe dans les communautés agricoles et d’éleveurs. Et leur expérience implique la possession par un esprit et l’amnésie de l’expérience.
Dans les communautés de chasseurs, les hommes se chargent de la responsabilité psychique du groupe, chassant seuls dans la forêt primitive. Le résultat naturel est la recherche d’un guide, une forme de protection contre un style de vie ardu. Tout comme un animal-totem ou un ange-gardien qui peut apporter calme et sécurité dans des situations où la peur est accablante. De même, les femmes des cultures agricoles, bien qu’ayant habituellement un statut très bas, tendent à supporter le stress psychologique. Les rituels de transe apparaissent comme une opportunité pour réduire les tensions de la vie quotidienne et permettre l’expression d’émotions, d’une manière socialement acceptable.
Ces distinctions pourraient venir de facteurs essentiels à la survie : pendant le développement de l’humanité, la transe a émergé comme une méthode naturelle permettant de surmonter les stress mentaux et de prévenir ou guérir les maladies d’origine psychologique.